Culture & Tradition
31 Jan 2019

01er février : Abolition et liberté !

 

Comment pourrions-nous rester insensibles à l’esclavage, qui est une ignominie ?

 

L’esclavage est un système qui met l’homme à genoux, le réduit à une bête de somme. Il est aboli le 01er février 1835 à l’île Maurice et est commémoré, en étant un jour férié. Que nous prenions tous un moment de recueillement, de compréhension et ayons une réflexion profonde de ce qu’ont pu endurer ces milliers d’êtres humains déracinés de leur famille, de leur territoire, de leur patrie.

 

L’île, alors un pays inhabité, fut le plus tardivement peuplé. Les premiers esclaves arrivèrent sous la colonisation hollandaise.  Sous le gouverneur Van der Stel, parmi la centaine d’esclaves venus de la baie d’Antongil de Madagascar, un peu plus de la moitié s’enfuit pour se réfugier dans nos forêts, tant les conditions de vie étaient inhumaines. Leurs chaînes brisées sont synonymes de Liberté dont ils furent privés. Appelés alors ‘marrons’, ou hommes noirs des bois, ils s’attroupaient et vivaient de brigandages. Il était alors extrêmement difficile de les trouver, car les routes étaient à peine frayées malgré l’exiguïté du territoire.

 

En 1761, les marrons étaient selon Pingré au nombre de 800.  De quoi se nourrissaient-ils ?  Leur vie était extrêmement rude. Ils descendaient à la mer pour pêcher, car à cette époque les lagons étaient très poissonneux. Le jour, ils forçaient des cerfs, introduits de Java, dans l’intérieur des bois ou alors ils chassaient des cochons marrons (sangliers sauvages). La faim les faisait effectivement quitter leur retraite, non sans avoir au préalable pris toutes les précautions pour ne pas se faire repérer.  Ils se partageaient leurs ruses et astuces et se répandaient en campagne pour voler dans les villages et sur les chemins.

 

Les marrons étaient des insoumis traqués, pourchassés impitoyablement de nuit comme de jour. Ils n’étaient nulle part en sécurité. Ceux trouvés coupables d’avoir donné refuge à des marrons recevaient des châtiments et des punitions redoutables. Les marrons étaient donc déracinés une seconde fois, car ils devenaient ainsi des exclus de la société. Ils se construisaient une propre identité.

Marron : Ce mot est encore utilisé dans le langage courant. Un taxi qui opère dans l’illégalité est appelé : taxi marron.  Un framboisier sauvage qui pousse à l’état naturel est appelé vigne marronne. Le plus ‘approchant’ sans doute de cette période de l’esclavage est quand on veut faire fuir quelqu’un qui aura fait quelque chose de mal. Afin qu’il ne soit pas réprimandé, en créole mauricien, on dira simplement : ‘éta marron là hein !’, ce qui voudrait dire : ‘Sauve-toi vite avant que l’on ne te rattrape’.

 

Un ancêtre me raconta qu’à l’époque où la ségrégation existait, un homme noir tomba follement amoureux d’une fille de descendance européenne et les sentiments étaient partagés. Sa calèche, tirée par des chevaux fut arrêtée alors qu’elle se rendait dans la capitale. Elle disparut avec son bien aimé. Retrouvée, elle fut déshéritée. Mais combien heureuse fut-elle de filer un amour réciproque avec son bien aimé ! Est-ce là une histoire réelle ? Difficile à dire …  

 

Nous pouvons en ce 01er février célébrer avec émotion ce devoir de mémoire. Notre Liberté est aujourd’hui chose acquise… sur cette terre que nous aimons. Pourtant Oh ! combien aura été dur ce combat pour la gagner pour ce peuple de déracinés.  Rendons hommage à tous ces esclaves qui, d’une manière ou d’une autre, auront contribué au développement de notre pays.

 

Avançons vers la montagne du Morne, symbole de résistance à l’oppression et ayons une pensée spéciale pour tous ceux qui avec courage et détermination auront lutté pour être simplement LIBRES.  En tournant notre regard vers cette montagne du Morne, réchauffée par le soleil dardant ses rayons, nous y verrons certainement des paille-en-queue qui eux volent en toute Liberté, ailes déployées.

 

Que la Liberté et les droits de l’homme soient à jamais respectés …

 

Lza M Nature

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