Culture & Tradition
13 Sep 2018

Ganesh Chaturthi - Dieu de la Sagesse, du Bonheur et de la Prospérité

 

Mon île, loin des terres anciennes, mais ô combien soudée à la culture et l’épanouissement de l’homme, cette petite parcelle de terre où toutes religions confondues sont enracinées, où toutes les civilisations se côtoient, s’en enorgueillit, car elle s’est procuré la volonté de célébrer dignement les festivités majeures de toutes les croyances.  Que la foi chrétienne s’exalte pour la Noël, la Pâques ou la fête de la Vierge Marie, que l’engouement et la ferveur des musulmans soient à leur apogée pendant le Ramadan, L’Eid et le Bak-Eid, que le Bouddhisme ou le Confucianisme s’illuminent dans les pagodes et China Town, que l’Hinduisme puise ses bénédictions du Ganga Talao (Grand Bassin), que les Tamouls s’ennoblissent en se sacrifiant pour le Cavadee ou la marche sur le feu, mon île fière comme tout, se voit heureuse de pouvoir chérir tant de diversités spirituelles fleurissant un respect mutuel sans bornes dans sa poitrine.

Ce constat nous amène à conclure combien les communautés minoritaires jouissent d’un statut privilégié concernant les démarches spirituelles.  Que leurs fêtes ne soient pas commémorées au niveau national, cela ne diminue en aucune manière la ferveur avec laquelle elles sont célébrées. A l’exemple des Hindous de Maharastra, les marathis pour être plus précis, un peuple qui n’occupe qu’une petite fraction de la population mais qui honore Ganesh leur Dieu avec une exubérance à vous couper le souffle.

 

Quelle clameur ! Quel débordement ! Quel enthousiasme ! Pour ce Ganesh qui n’est qu’un Dieu parmi les multitudes de Dieux. Si l’on constate combien les marathis se démènent des semaines avant la célébration, c’est que Ganesh est le Dieu de la Sagesse, du bonheur et de la prospérité.

 

Il délaisse son Kailash (les monts Himalayas) pour trôner parmi les humains afin de considérer leurs souhaits, requêtes, vœux et prières.  Il vient pour le bonheur et la réussite. Après tout c’est son anniversaire. Oui, son anniversaire ! Ganesh s’en va vers sa demeure tout au sommet de l’Himalaya.

Ainsi, on se prépare, on se déchaîne, car Dieu Ganesh est là parmi nous.  On est prêt à l’accueillir, pour le prier, pour l’adorer, pour commémorer son anniversaire, le jour de son départ. Voilà Ganesh Chaturthi. L’anniversaire d’un Dieu qui a osé être là parmi nous, pour notre joie, bonheur et prospérité.

 

Bien avant la date prévue, les Marathis sont en alerte.  Certains, trois semaines avant, d’autres quarante jours, la maison est nettoyée, pas un brin de résidu à l’intérieur ou dans la cour.  On jeûne selon sa foi pour plaire à son Dieu souverain.  Les mantras (musique et chants de louange) inondent les petits logis ou les vastes demeures.  On confectionne ou on se procure un habit approprié.  Quelques jours avant l’immersion, on moule et sculpte une statue de Ganesh avec de la terre glaise et on la peaufine suivant un art bien ancestral.  Pieusement, on la place sur un tabouret pour le beau regard de tout un chacun.

 

Quelle joie ! Un zèle époustouflant anime les dévots en contemplant le beau Ganesh qui siège parmi ses disciples.  Les mandaks (douceurs marathis) dansent dans les poêles, un gros lota (bol cuivré) brille de tous ses éclats.  Une noix de coco sans défaut ornée de feuilles de manguier est placée sur le lota.  On n’oublie pas la pâte de sandal (de bois), les fruits et chiendents (une poignée d’herbe) qui ornent un plat cuivré dans lequel est inclus un Diya (lampe en forme de cœur).

Quoi que ce tout petit point se trouve aux confins de l’océan, à mille lieues de la terre divine de Maharastra, les demeures des marathis embaument toujours du parfum de l’immense contrée des Indes.  On ressent cette fraîcheur dans la peau et dans l’âme tant la sainteté du lieu s’est peaufinée pour accueillir la venue de Gunpati (Ganesh).  L’heure tant attendue sonne déjà.  La vibration divine envahit toute la maison dès que les mantras commencent avec le puja (prière). Maintes familles font venir un babajee (prêtre) afin de superviser la commémoration tandis qu’il incombe au responsable de la statue, de diriger la prière qui comprend surtout cent huit noms de Gunpati, l’honorant et le bénissant par les mantras (chants de louange) et les pujas qui vous revigorent l’âme et l’esprit.  Des heures après que l’adoration soit terminée, le mandak est offert à Ganesh le divin, suivi des dévots qui sont bénis par les offrandes.

 

J’ouvre une parenthèse, Ganesh Chaturthi n’est pas une obligation et de surcroît pas une tradition, mais un anniversaire qu’on organise, que l’on prépare.  On se donne volontairement avec joie et allégresse car c’est le Dieu de l’abondance et de la prospérité que l’on remercie.  On le fait avec faste, avec amour, de tout son cœur et son être pour l’adorer.

 

Les réjouissances durent trois ou quatre jours, mais la dernière nuit, celle qui précède l’immersion, on l’a vit en vigiles, accompagné de mantras et de pujas. Après quoi suivant le soleil levant ou à la mi-journée, on se pointe vers l’océan qui mène vers la demeure céleste de Gunpati.  Un lieu de rencontres, un mandiram (temple marathi) de préférence où les religieux se profilent accompagnant ceux qui ont l’honneur de transporter Ganesh (l’idole).  En un clin d’œil une belle foule s’est amassée sur la route menant vers le saint lieu.  Toute une exaltation de chants et de danses explose.  Petits et grands, adultes et curieux, en apothéose, les appareils sonores vrombissent, les chants religieux subjuguent la foule.  On n’a que son sourire pour exprimer sa joie.  La jubilation transcende le bonheur et l’extase.  Nul n’est insensible à cette clameur qui envahit le cœur et l’âme.  « Gunpati Baba Mauriya » (Louange à toi Ganesh) résonne tout le long de la route sous le regard des passants.  Qui plus est, bien souvent les autres communautés qui se mêlent à la fête chantant et dansant, sont accueillies à bras ouverts.

 

Nous voilà à la plage, les mantras et la musique spirituelle s’amplifient et les rythmes folkloriques beaucoup plus prononcés, vibrent l’environnement qui nous entoure, les vœux se déclament témoignant du départ de Gunpati qui est immergé avec candeur et une foi inébranlable.  Car pour les marathis ce n’est pas une idole qu’ils immergent mais Ganesh lui-même, avec toute sa divinité qui s’en va et retourne vers son lieu sacré après avoir accompli les vœux de ses disciples.

Voilà Ganesh Chaturthi.  L’anniversaire d’un Dieu qui malgré sa divinité veut être humain avant tout. Subissant notre peine et douleur, partageant notre joie et prospérité.

Cela fait chaud au cœur de vivre dans un tout petit pays où l’on se respecte mutuellement et malgré nos différences, nous pouvons vivre et participer aux croyances et traditions de nos prochains.

 

« Gunpati Baba Mauriya » exaltent nos frères marathis !

 

 

RM

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