Vivre à la Mauricienne
04 Feb 2019

Kung Shee Fat Choy!

 

Kung Shee Fat Choy !! Vous ne trouverez pas un seul mauricien, peu importe la communauté, qui ne sache ce que cela veut dire ! En effet, c’ est comme cela que nous souhaitons la bonne année à nos compatriotes sino-mauriciens en début d’ année lorsqu’ ils fêtent leur nouvel an: la Fête du Printemps. Le passage d’ une année à l’ autre donne lieu à des célébrations et activités culturelles qui peuvent durer plusieurs jours. Le chinois, connu pour être bosseur, ne s’ arrête que ces quelques jours de l’ année.

 

Les premiers commerçants chinois sont arrivés sur notre île vers 1745 principalement. Contrairement aux engagés africains et indiens, eux sont arrivés libres et ils ont été les premiers à ouvrir de petites boutiques de proximité à travers l’ île, véritables cavernes d’ Ali Baba, permettant aux mauriciens de s’y approvisionner en articles en tout genre, au détail. En fait, le boutiquier du coin s’ adaptait aux demandes de sa clientèle. Cela allait de l’ alimentaire, produits de première nécessité, aux articles scolaires… sans compter les petits gâteaux chinois fait-maison qu’ affectionnaient tous les gamins ! Les enfants se faisaient une joie de faire des va-et-vient journaliers à la boutique du coin et le commerçant connaissait chacun d’ entre eux et les appelait affectueusement par leur prénom.

 

On se souviendra de ce fameux carnet rouge des boutiquiers dans lequel était noté la liste de courses achetées à crédit par chaque famille. Il arrivait souvent d´être confrontés à des situations des plus cocasses où le commerçant fâché refusait de servir une personne qui avait oublié son carnet ou celui dont le crédit était en rouge … la couleur de prédilection du chinois d’ ailleurs ! Ces fameuses boutiques au coin de la rue n’ arrivaient pas vraiment à fermer leur porte, et si tel était le cas, il y avait toujours une petite fenêtre, sur le côté, où l’ on venait frapper en suppliant le négociant d’ ouvrir à n’ importe quelle heure du jour! C’ était toujours très urgent! On y rencontrait souvent un ancêtre du commerçant, vêtu d’ un marcel et d’ un short en kaki, et qui ne parlait que le chinois ou autre dialecte. Cela ne l’ empêchait pas, de servir de bonne grâce les clients qui devaient faire preuve de beaucoup d’ ingéniosité pour se faire comprendre. Il intriguait car on le voyait souvent lire le journal en chinois à même le comptoir. A peine quelques mois plus tard, il aura appris à parler le créole de manière surprenante.

 

De nos jours, ces petites “la boutik sinois” (boutiques chinoises) ont pratiquement disparu faute de relève, les enfants ayant fait des études poussées, refusent de reprendre le petit commerce, d’ autant plus que les nombreux centres commerciaux à travers l’ île sont venus changer les habitudes de consommation des mauriciens dans son ensemble. Nous avons eu également à déplorer beaucoup d’ immigration de nos amis sino-mauriciens pour l’ étranger, dont le Canada majoritairement. Pour ceux qui n’ ont pas quitté l’ île, la plupart d’ entre eux sont aujourd’ hui mèdecins, financiers, avocats, homme d’affaires… et font partie de l’ élite mauricienne.

En ce jour de fête, les sino-mauriciens rendent hommage une dernière fois aux divinités et aux ancêtres pour l’année écoulée en allant à la pagode, leur lieu de culte, même si la plupart d’ entre eux sont aujourd’ hui catholiques. La communauté chinoise dans son ensemble perpétue toujours les traditions des ancêtres et se rendent aux différentes pagodes avec leurs offrandes: fruits, gâteaux et fleurs sont déposés sur l’autel et la famille au grand complet se recueille en offrant leurs prières à Buddha. La Fête du Printemps est célébrée avec faste à Chinatown (situé au coeur de Port-Louis). Joliment décoré de rouge, il deviendra le théâtre de plusieurs animations symboliques, hautes en couleurs, dont la danse du dragon chinois ponctuée de pétarades ! C’ est également une occasion pour que la famille se pare de ses plus beaux atours où le rouge, synonyme de bonheur, va régner en maître! Chaque famille sino-mauricienne fera pétarader les pétards devant leur portail (à une heure bien précise qu’ ils auront consultée à la pagode au préalable) pour faire fuir les mauvais esprits et attirer la chance pour l’ année à venir. Les tapis de pétards rouges le lendemain matin nous indiqueront où habitent nos compatriotes de la diaspora chinoise. Pour les plus nantis, il y aura également le passage du Dragon qui viendra danser devant leur demeure au son des tambours et des pétarades. “C’ est pour porter bonheur”, nous disent-ils ! Le chef de famille remettra de l’ argent au Dragon dans un Fung Pao (petite enveloppe rouge). Cela donnera l’ occasion à tous les voisins d’ avoir droit à un joli spectacle “Loulou sinois” (Loup chinois) sous les cris de joie des enfants.

 

La fête serait incomplète sans les somptueux repas en famille. Le chinois, c’ est bien connu, apprécie fortement les plaisirs de la table et les spécialités chinoises en tout genre seront bien sûr au menu. Entre les nouilles (gage de longévité), les soupes chinoises et le porc qui est leur viande de prédilection, les variétés de mets sont infinies et les tables bien garnies de plats savoureux. Les étrennes sont offertes dans un Fung Pao aux proches. Il est de coutume de partager des gâteaux aux amis et aux voisins qui attendent avec impatience, les gâteaux la cire (faits de sucre brun et de farine de riz), ou gâteaux de lune (pâtisserie traditionelle chinoise) très prisés de tous !

 

 

Après toute cette série de rituels et festivités, les familles entières vont prendre d’ assaut les hôtels du littoral. Le but, serait de se retrouver tous ensemble et de décompresser tout en profitant des prestations hôtelières. On ne regardera pas à la dépense pour faire plaisir à tous ses proches. Ce sera là, l’ occasion pour les aînés de passer du temps avec les plus jeunes. Le sens de la famille est très important pour les mauriciens de descendance chinoise et le respect des aînés, une valeur intrinsèque qui transcende les générations.

 

Cette année sera l’ Année du Cochon de Terre célébrée le 05 février. Que nous réserve-t-elle comme surprises? Toutes communautés confondues, nous attendrons les prévisions de Mme Kwok, astrologue chinoise très connue sur l’ île. Elle nous donnera ses prévisions en matière de temps, politique, économie….  Cette gentille dame nous demandera-t-elle de garder les pieds sur terre tout en laissant derrière nous notre caractère de cochon !

 

Si chaque mauricien, selon ses croyances, pratique sa propre religion, il n’ est pas rare qu’ il  s’intéresse aussi aux croyances de ses voisins, et c’ est ce qui donne à notre belle île son caractère si particulier !

 

Il est temps pour nous de souhaiter à tous nos amis “sinois” (chinois), KUNG SHEE FAT CHOY ! Que l’ année soit belle et prospère !

 

NadElle

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