Vivre à la Mauricienne
19 Jul 2018

L’ île Maurice : La passion du Champ de Mars.

 

La nature façonne, L’homme l’ embellit afin que son patrimoine, reflète le divin et le sceau de sa présence. C’est ainsi qu’ au bord du sud, enguirlandée  par le bleu de l’océan, drapée de côteaux verdoyants, subjuguée de ruisseaux qui roucoulent entre les rochers des volcans, mon île a fière allure.

 

Ne voulant être second couteau, l’humain peaufine son terroir, enracinant sa culture et sa civilisation.  Ainsi, il bouscule et érige pour sa sauvegarde et son plaisir. Que n’a-t-on pas inventé pour un peu de joie et de surcroit pousser son adrénaline à l’extrême ? L’Inde ne vit que pour le cricket, le Japon pour le sumo, l’Amérique fait du rodéo une prédilection dont on ne peut se passer.

Hé ! Mon île de quatre centimètres ! Chôme-t-elle ?

 

Les Anglo-saxons, fins diplomates, voulant gagner les colons français à leur cause, optèrent pour une journée hippique dans notre capitale, Port Louis en 1812. Ce n’était un secret pour personne qu’on ne pouvait réunir les ennemis les plus acharnés des deux camps si ce n’était que pour une course hippique, car que ce soit les anglais ou les français, le cheval était un dénominateur commun qui pouvait les mettre sur la même longueur d’onde.

 

Voilà pourquoi la température grimpe pendant deux siècles jusqu’à nos jours dès vendredi matin pendant la période de courses hippiques. Ainsi le Champ de Mars à Port-Louis (le plus vieil  hippodrome de l’hémisphère sud) est en ébullition. Car les courses hippiques du samedi sont en selle. On est prêt – Tout le monde est prêt : les jockeys (cavaliers), les palefreniers et surtout tous les propriétaires n’ont d’yeux que pour les chevaux. On ne vit que pour l’ hippodrome, notre lieu de rencontre, notre héritage à nous, peuple de cette île aussi petite qu’ un mouchoir de poche.

Qu’on soit aisé où au bas de l’échelle, l’on a en tête, que les belles joutes qui se dérouleront. Les médias analysent, décortiquent. Qu’on soit amateur ou connaisseur, qu’on soit au nord ou au sud, on cherche toujours un « tuyau » (un pronostic sur celui qui va gagner la course) venant d’un jockey ou d’un propriétaire. Or, que ce soit le cavalier ou le propriétaire, bien souvent ils ont les poches vidées car des jeux du hasard, personne n’en profite. N’empêche que la journée fait toujours quelques heureux, à l’exemple de cette demoiselle à qui Dame Chance a souri et dont le sac à main bien rempli de billets de mille, se vantait à qui voulait l’entendre que personne ne pouvait deviner le montant fabuleux que cachait le merveilleux sac.

 

Or, l’heureux des heureux est celui qui adore notre quadrupède national. Il ne vient aux courses que pour admirer sa belle allure et son doux regard majestueux qui vous donne envie de le caresser et le bercer. Cet animal divin qui ne réside que dans le cœur de l’homme.

Une journée au Champ de Mars ne se résume pas uniquement aux chevaux. Une journée aux courses c’est vivre le pluralisme de mon île dans le vrai sens du mot. Ici la multi-culturalité se côtoie sans complexe :

Le « Maiden Cup » notre Derby Mauricien, où les belles parures rivalisent, les coiffures et les chapeaux les plus burlesques embrassent les sarees millénaires sur la pelouse et dans les loges payantes ou réservées. Le Briyani (plat musulman) vous met l’eau à la bouche. Les « Bajas », gâteaux piments et samoussas (amuse-gueules locaux) parfument les alentours, tandis que le « gâteau lécourse » (petit gâteau à la mauricienne) que l’on ne voit qu’à l’hippodrome est un incontournable.

 

Pour ma part,  je n’oublierai jamais mon premier jour de classe à l’Ecole de la Salle à Port Louis se situant à un pas de l’hippodrome. Dès son arrivée, le prof se mit à dessiner un cheval, après quoi il nous demanda de donner un nom à son dessin. Toute la classe leva la main en disant à haute voix : « Sargasaut » ! C’était le champion de la veille ! « Sargasaut » ! « Sargasaut » !  hurlaient les enfants.

« Oui et non les petits ! Pas Sargasaut mais Char D’assaut ! Ha ! Ha ! reprit le prof. Mais que voulez-vous ? On ne se cassait pas la tête. L’important c’était qu’on ait reconnu notre champion, car c’était ainsi que « Bay Adam » devenait « Bye Adam » (frère Adam),  Sepoy avait pour nom « Sepaie » (soldat indien).

« What’s in a name ? » après tout ! Car c’était cela un peu notre jargon.

 

C’était cela « lécourse » (les courses hippiques) pour nous, pour notre petite île bien aimée.. « l’écourse », bien ancré dans notre ADN jusqu’ à ce jour. 

 

RM

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