Culture & Tradition
17 Feb 2021

La boutik en tol – Boutique en tôle - Ile Maurice

 

Cette chanson fait écho aux boutiques qui se trouvaient à proximité de nos demeures d’antan, une ère où les grandes surfaces n’existaient pas encore. Ces boutiques en tôle, étaient tenues par des arrivants chinois venus chercher du travail à l’Ile Maurice et qui offraient du crédit aux familles. C’était l’époque où, de toutes facons, beaucoup de familles ne pouvaient se permettre de faire les courses à la semaine ou au mois.

 

L’on envoyait les gamins acheter de quoi se nourrir à chaque fois que le besoin se faisait sentir, et à l’occasion, plusieurs fois par jour. Le pétrole s’achetait au quart pour remplir la lampe à pétrole qui servait à cuire les repas. L’huile comestible s’achetait également au quart alors que le riz et le sucre se vendaient au kilo. En ce temps là, l’on pouvait s’acheter un pain et cinq sous de beurre avant de prendre le chemin de l’école! Ces petits commerces vendaient de tout! Cela allait des denrées alimentaires de base aux différents produits ménagers en passant par toutes sortes de bric à brac (produits de quincaillerie, mercerie, fournitures scolaires….), la liste serait exhaustive! Tout ceci était stocké dans un beau désordre mais fait étonnant, le boutiquier et son épouse s’y retrouvaient avec une facilité déconcertante.

 

Les enfants du village comme les grands aimaient bien s’y rendre … pas pour les mêmes raisons. Pour les plus petits, les bonbons qui se vendaient à l’unité, les sorbets multicolores et les jeux du hasard où l’on gagnait des sucreries ou de petits jouets accrochées au mur les y attiraient toute la journée. Devant ces boutiques, l’on trouvait souvent une villageoise au teint buriné qui installée sur un petit tabouret, faisaient frire des gâteaux en tout genre: gâteaux bringelles (aubergine), gâteaux piments, gâteaux pomme de terre … Tout ceci constituait aisément le goûter du mauricien, et s’accompagnait d’une bonne tasse de thé.

 

Dans un coin de la boutique, à l’ abri du regard, l’ on pouvait entrevoir ce qu’ on pourrait appeler un bar où nos ainés, fatigués après une journée de travail, allaient se désaltérer en sirotant quelquechose de plus costaud: un bon rhum local! Les discussions autour d’ un verre et d’ un “gadjack” (amuse-gueule) concocté par le boutiquer lui même, allaient bon train et permettait à ce dernier d’ être au courant de tout ce qui se passait au village. A l’ heure de la fermeture, il fallait batailler dur pour faire entendre raison à certains messieurs et les faire reprendre le chemin de la maison, non sans peine. Il n’ était pas rare que certaines personnes venaient tambouriner à la fenêtre de la boutique bien après la fermeture, pour supplier de leur vendre à travers les barreaux, quelquechose qu’ ils auraient oublié d’ acheter durant la journée.

 

Il est vrai qu’ avec la modernisation, la plupart de ces boutiques ont malheureusement disparu. Par chance, au détour de vos balades au coeur de l’ île, vous pourrez encore trouver quelque unes de ces boutiques anciennes abritant un capharnaüm d’objets hétéroclites. Souvenirs d’ un autre temps, ces boutiques valent bien le déplacement!

 

NadElle.

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