Vivre à la Mauricienne
25 Apr 2019

Les maquettes de bateaux : des œuvres d’art…

 

Toc toc toc !  Vous croirez que c’est une demande pour ouvrir une porte.  Eh bien, non ! C’est le son que j’entends en passant devant cette petite porte en bois.  A quelle tâche peut bien s’atteler la personne qui habite la maison devant laquelle je me trouve ? Je décide de m’y arrêter par curiosité.  Cette halte s’avère très constructive et fort intéressante : un fabricant de maquettes de voiliers et de bateaux s’y cache dans son petit atelier.

 

Minutieusement rangés sur des étagères se trouvent des lattes de bois, des pots de colle et de vernis, des gabarits en carton suspendus à un clou. L’homme d’une soixantaine d’années, fort sympathique, n’hésite pas une seule seconde à me parler de sa passion et de son expérience.  Il me confie alors que ses maquettes sont destinées à un revendeur qui les propose aux touristes en excursion à Curepipe et qui y font halte pour les acheter.

 

Dans les années 1980-85, alors que le taux de chômage battait son plein, peu de possibilités d’emplois existaient et c’est par pur hasard qu’il a appris le métier, sous la houlette d’un professionnel, les plans provenant du musée de La Marine française. A cette époque, quand l’île Maurice regorgeait de camphriers, les maquettes étaient creusées dans ce bois précieux et les pièces tournées dans du cyprès. Les choses ayant évolué, aujourd’hui c’est le teck (Tectona grandis) qui est en grande demande. Lui, il l’achète soit sur des chantiers ou alors il visite les endroits où sont entassés du bois de démolition. Il est souvent surpris et enthousiasmé de tomber sur des planches de ce bois précieux ou encore des rares fois sur des morceaux d’ébénier (Diospyros) en excellent état de conservation.  De ces essences sortiront ses chefs d’œuvre.

 

Toutes ses maquettes, m’explique-t-il, sont reproduites dans la plus grande exactitude : les gabarits en carton pour la quille, le pont, les couples seront ensuite placées sur du contre-plaqué, puis découpées. Une fois montées, les couples doivent être bien alignées, vérifiées et collées. Puis les lattes de bois les recouvrent pour en former une carcasse qui sera polie afin de donner une coupe parfaite à la maquette. 

Les maquettes telles la Pinta, La Niña ainsi que la Santa Maria qui composaient la flotte de Christophe Colomb, navigateur espagnol d’origine italienne, celui-là même qui découvrit le Nouveau Monde en 1492, n’ont aucun secret pour lui. Mais mon interlocuteur fabrique aussi le Bounty, frégate de la Royal Navy Britannique du Capitaine Bligh connu par rapport à la mutinerie à bord en 1789. Le Superbe 1784, vaisseau de ligne dont la coque est couverte de plaques de cuivre pour le protéger des vers marins, demeure parmi ceux qu’il affectionne tout comme le Brick Négrier ou encore le HMS Endeavour de James Cook. Son plus beau souvenir reste la fabrication du Jacht Heemsherck – Anno 1638, une commande toute spéciale.

 

Cousez-vous aussi les voiles ? Il se met à rire et me confie que pour cette partie, il fait confiance à des dames spécialisées dans ce domaine, mais lui veille au grain que les dimensions des gréements soient respectées. La dernière touche, c’est lui qui la porte, car il est le garant de ses maquettes et sa réputation est en jeu.

 

Simple et sincère, cet homme rencontré de façon fortuite sait qu’il crée des chefs d’œuvre qui sont aujourd’hui dans le monde entier, mais il évolue sous la couverture de l’anonymat.  Sa plus grande fierté reste celle de produire, du bois de démolition en excellent état de conservation, des maquettes qui seront passées dans son petit atelier ouvert aux lueurs de l’aube.

 

Une petite maquette me dit-il, prend bien une bonne semaine, et il faut aussi dépendre du temps qu’il fait pour le séchage et le vernissage.  Alors je me promets que j’irai visiter cette belle boutique du côté de Curepipe lors de ma prochaine excursion et que j’observerai avec attention ces œuvres d’art que sont les maquettes de bateaux.

 

Je sourirai certainement en repensant à cet homme aux tempes grisonnantes devant son établi dans son atelier qui vit de sa passion.  Je lui dois bien le respect pour son regard pointu sur ses chefs d’œuvre que sont les maquettes de bateaux fabriquées à l’île Maurice.  C’est aussi cela notre savoir-faire !

 

LzaM Nature

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