Découvertes
21 Feb 2019

A travers les yeux de :

Enora – l’Autre Maurice !

 

Etre une étrangère frustrée à Maurice, ça n’arrive pas que les jours de pluie à la plage. Dans mon cas, les symptômes sont ailleurs, là où justement il n’y a pas de plage mais où il s’agit toujours de Maurice. Je sens bien qu’il y a plein de choses à découvrir, à comprendre, à relier à l’Histoire ou tout simplement à voir parce que c’est beau et que le beau fait du bien.

 

Alors quand le meilleur guide que je puisse avoir me propose une balade dans Mahébourg et ses environs, je quitte mon Far West et je pars en croisade. Le Sud-Est sera mien ou ne sera pas !

 

Le beau portail du musée de Mahébourg nous accueille pour une première conquête –classique, me direz-vous. Et pourtant cette visite aide à comprendre la suite du voyage tout en permettant d’apprécier l’atmosphère si particulière des vieilles demeures coloniales. Ça serait l’ achever que de ne pas mentionner cet ancien wagon de passagers qui attend dans la peine un peu de réhabilitation, rare vestige du temps où le train sillonnait encore l’île.

 

En longeant le mur extérieur du très beau jardin du musée juste après la sortie, un petit chemin nous fait plonger littéralement dans une clairière au raz de la rivière, le Nativ Lodge. L’endroit est lumineux, paisible et désert. Je me sens privilégiée.

Encore un peu plus loin en entrant dans Mahébourg, nouvelle étape à la recherche de l’ancien lavoir. En pierre de lave, immense et en parfait état, il semble être ignoré de tous. Sa taille et le fait qu’il soit juste à côté de la rivière m’interpellent car j’ai plutôt en tête les photos anciennes des femmes lavant le linge directement dans la rivière. Or, ce lavoir a quelque chose de très « officiel ». J’apprends qu’il servait en réalité aux officiers de guerre de l’époque qui y lavaient leur uniforme !

 

On s’enfonce ensuite dans le vieux village de Mahébourg qui est resté tel quel et où l’on sent encore la vie de quartier s’épanouir tranquillement. L’esplanade offre une vue magnifique sur la toute petite île du Mouchoir Rouge ainsi que sur la côte Est que nous allons longer, jusqu'à la Falaise Rouge. Comme toujours à Maurice, l’unique est nuancé et le rouge comme toute autre couleur, ne ressemble à aucun autre rouge.

 

Nouvelle halte auprès du théâtre de plein air, pour trouver l’origine d’une ancienne construction de pierre qui ne résistera pas à notre curiosité. On spécule et on se trompe puisque ce très joli petit bâtiment servait à stocker la poudre à canon. La forme harmonieuse et arrondie de son toit aurait d’ailleurs dû nous servir d’indice puisqu’elle est typique de ces constructions afin de limiter l’impact d’une éventuelle explosion.

Notre curiosité est satisfaite, et nous pouvons donc continuer notre chemin, traverser le pont de la rivière la Chaux vers Ville Noire et cette fois-ci satisfaire nos estomacs à l’usine de biscuit Manioc, la Biscuiterie Rault. Vanille, cannelle, anis ou chocolat, tous les parfums sont bons lorsqu’ils sont proposés avec un thé local bien sûr. Une pause plus qu’appréciée et qui me fait toucher du doigt les douceurs de l’enfance mauricienne. Le biscuit manioc est un peu la madeleine de Proust locale.

 

La pointe Brocus et son cimetière sont notre prochaine étape car je voudrais voir l’étrange forêt née des victimes d’épidémies. La petite histoire dit que pour identifier – et sans doute éviter -  l’endroit où avaient été enterrés les corps des personnes mortes lors des périodes d’épidémie, des arbres avaient été plantés. Les superstitions aidant, personne n’a jamais osé les abattre de peur de remuer une terre malade. Et en effet, juste avant le cimetière « classique », on aperçoit des rangées de grands arbres qui dénotent dans le paysage local. Ce sont mes fantômes de l’Est…et ils sont beaux.

 

La route côtière que je croyais connaître autour de Rivière des Créoles revêt un tout autre visage lorsque je reçois les explications de mon guide. Une statue de la Vierge, seule rescapée d’un ancien naufrage et qui aura eu droit à son église avec vue sur la mer ; une vieille plateforme au milieu de l’océan qui servait au ravitaillement des hydravions pendant la guerre et qui est restée fidèle au poste. Les vieux réservoirs dévorés par la végétation en arrière plan de la route, et les vestiges des premières fortifications hollandaises… Je suis passée cent fois sur cette route et je n’avais rien vu. Désormais, j’y passerai comme on traverse les pages d’un livre d’Histoire.

 

Quelques détours et contours plus loin, nous nous retrouvons devant un autre portail, celui du château de Riche en Eau. L’endroit est vert, mousseux et luxuriant. L’arche de pierre qui couvre la grille d’entrée est magnifique et rappelle ces univers fantastiques où la Nature est reine. Un bref coup d’œil aux portes des écuries toutes aussi belles, et je me promets d’être présente pour visiter les jardins lors des rares occasions où ce domaine, privé et magnifiquement entretenu, ouvre ses portes au public.

 

Le voyage se termine après avoir repris la route de Ferney pour se rendre à Falaise Rouge que nous avions aperçu depuis Mahébourg. C’est effectivement un pan de falaise qui s’est détaché pour laisser apparaître un flanc rouge tranchant avec le vert et le bleu côtiers, mais c’est aussi un endroit très paisible où l’on peut déjeuner dans un restaurant ouvert sur l’océan et le jardin. Encore un prochain rendez-vous pris.

 

L’étrangère est comblée ce soir, et la mauricienne que je suis également est tellement fière de sa terre ! Maurice est généreuse et dévoile ses beautés insolites à qui sait regarder par delà la plage.

 

Mon guide n’est pas un guide, mais un mauricien amoureux de son île et des détails de son Histoire. Il n’y a pas de plus beau regard que le sien posé sur sa terre, et je le remercie de me l’avoir fait partager.

 

NadElle

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