Vivre à la Mauricienne
30 May 2019

Un hommage à nos soeurs musulmanes

 

Il est 03h30 du matin et le quartier s’éveille déjà ! Les maisonnées sont allumées, car il fait encore nuit mais l’ambiance reste feutrée, silencieuse. Les portes s’entrouvrent les unes après les autres. La boulangerie du coin est en effervescence beaucoup plus tôt que d’habitude et à l’occasion, le boulanger offrira du pain aux familles des environs.

 

L’aïeule, la mère, les belles-filles ainsi que les jeunes filles de la maison sont toutes debout. Les préparatifs vont bon train dans la cuisine familiale. Il faut faire le moins de bruit possible afin de ne pas réveiller le reste de la famille qui dort encore. Toutes ces femmes s’affairent pour préparer les bons petits plats tout en respectant les désirs de chaque membre de la famille. Elles se parlent à voix basse. Chaque femme a une tâche spécifique, chacune sait exactement ce qu’elle doit faire. Si certaines préparent le repas du matin, d’autres s’ activent déjà pour celui du soir.

 

Les pâtes des farathas et des naans ont été préparées depuis la veille. Il ne reste plus qu’à les faire cuire. La première tablée du matin se compose pour la plupart de quelque chose de consistant et de beaucoup de dattes. Elles sont un élément phare de ces repas du moment et on en trouve de toutes sortes : fourrées aux amandes, aux noix, à la pâte d’amande, enrobées de chocolat…. Tout ceci est accompagné du bon thé mauricien. La belle table sera dressée pour accueillir les autres membres de la famille que les femmes auront pris le soin de réveiller au moment opportun. C’est le premier repas de la journée mais également le dernier avant l’ Iftar, là où l’ on ”casse carême” en créole mauricien, ce qui en fait, est le moment où l’ on rompt le jêune.

 

Vous l’ aurez compris, nous sommes chez nos voisins de foi musulmane qui sont actuellement dans leur période du mois sacré du Ramadan.

 

Dès l’aube, toute la famille se retrouve ainsi autour d’ une table bien garnie dans une ambiance conviviale et sereine. Les conversations vont bon train chez les adultes alors que certains ados et enfants essaient encore de sortir doucement de leur sommeil. Il y a quelques fois un retardataire qui se réveillera à la dernière minute pour avaler à la hâte une boisson et quelques dattes avant d’ entamer d’ emblée son jeûne. Le sommeil aura eu raison de son estomac ! Les tout petits sont exemptés, ils ne jeûneront progressivement qu’à partir de l’ âge de 7 ans alors qu’ à la puberté, cela deviendra obligatoire.

 

Et voici qu’on entend au loin le Azaan, l’ appel à la prière qui sonne la fin du repas. Les hommes vont se rendre à la mosquée la plus proche alors que nos dames vont vite finir de débarasser la table et ranger la cuisine avant de se mettre également en prières. En effet, pendant le mois du Ramadan, les journées sont rythmées par la prière. Il y en a plusieurs : le Fajr à 05h15, le Zohr à 12h30, l’ Asr à 16h30, le Maghrib à 17h45 et à 19h30 l’ Esha.

 

La prière du matin terminée, les femmes au foyer pourront essayer de rattraper quelques heures de sommeil avant de vaquer à leurs occupations et préparer l’ Iftar et le repas du soir.  C’ est une période où les femmes sont très sollicitées, car au delà de leurs tâches coutumières, il faut aussi assurer le bon déroulement des trois repas journaliers qui vont cadencer le mois du Ramadan. Il est 17h00, il faut maintenant s’atteler aux préparatifs de l’ Iftar.  

Ce repas est essentiellement constitué de petits gâteaux sucrés et salés. C’est quasiment un festin pour tous ceux qui ont jeûné toute la journée : samoussas aux légumes , Chana purees (gâteau végétarien), les incontournables dattes de toutes sortes, les flans colorés, côtoient les mets typiquement musulmans tels que les ‘catless’ ou tikkas (du poulet mariné aux herbes ,au cumin et différentes sauces). Tout ceci se déguste avec le fameux alouda (lait aromatisé aux grains de basilique) mauricien bien frais ou avec l’ indispensable tasse de thé.

 

Après tout ceci, il arrive que l’ on n’ait plus très faim à l’ heure du dîner qui va suivre dans pas longtemps. Le souper terminé, l’ Azaan retentira une nouvelle fois pour inviter les fidèles à la prière, les hommes à la mosquée alors que les femmes prieront dans le silence de leur propre foyer. Cette période de jeûne et de sacrifices culminera sur la fête Eid, une des plus marquantes de la religion musulmane. Pour l’ occasion, les femmes entameront les préparatifs de la fête. La maison sera nettoyée de fond en comble, les nouveaux rideaux accrochés, un petit coup de peinture çi et là. Tout doit être propre, irréprochable. Et puis il y a l’ achat de vêtements neufs pour chaque membre de la famille, c’ est la coutume, on n’y dérogera pas.

 

Le jour de Eid venu, apprêtées dans leurs jolis churidars et abayas, dans la gaieté et la bonne humeur,  c’ est chez les grands-parents que les femmes se rendront accompagnées de toute la famille. On ira rendre hommage aux aînés et se retrouver autour d’une table où, cette fois, le fameux biryani cuit au feu de bois (un délicieux plat de riz agrémenté d’ épices, de légumes et de viande) parfumera les alentours et titillera les papilles. En bons mauriciens, le partage du biryani se fera avec les voisins des alentours, pour leur plus grande joie.

 

Bien que nous souhaitons une bonne fête à tous nos compatriotes de foi musulmane dans son ensemble, c’ est surtout vers nos soeurs dévouées au bien être de leur famille, que s’ envolent nos bons voeux et nos pensées.

 

Eid Mubarak !

 

NadElle

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